DES LIVRES QUE J’AI AIMÉS

 

PARCE QUE JE T’AIME

 

de Guillaume Musso

 

chez XO Éditions, 2007, 303 pages

 

 

Guillaume Musso n’a plus besoin de chercher à savoir si ses livres plaisent. Au vu de ses millions de lecteurs, il est sûr que ses livres sont appréciés du public. Et pourtant, il remercie ses lecteurs à la fin de son livre, car ce sont eux qui lui prouvent que son message vibre bien en chacun de nous. Rares sont les écrivains qui remercient leur public :

« Merci de faire vivre mes romans.
Merci de les faire exister, de les faire connaître, de les défendre.
Car c’est votre lecture qui donne désormais du sens à mes mots. »
(p. 299)

Comme dans l’ensemble de ses livres, on retrouve les repères fétiches de Guillaume Musso, comme le suspense, l’émotion, l’originalité, la modernité, le fait que chacun peut s’enrichir de cette lecture et faire siennes ses paroles. De même, les citations d’auteurs qui ponctuent de nombreuses têtes de chapitre sont un fil conducteur qui donne déjà une orientation de l’histoire sans en dévoiler la substance, une sorte de départ initiatique vers la découverte des sentiments profonds : « Nous ne sommes jamais aussi mal protégés contre la souffrance que lorsque nous aimons. FREUD » (p. 17) L’amour n’est-il pas le centre des émotions de l’être humain, ce qui le fait réagir au-delà de toute logique ? « Parce que je t’aime », nous dit le titre de ce roman.

N’avons-nous pas l’habitude de briser nos chances, de nous faire souffrir, comme pour nous punir ou pour oublier ce qui nous blesse ? : « Quand tu regardes dans le miroir et que tu as envie de le casser, ce n’est pas le miroir qu’il faut briser, mais toi qu’il faut changer. ANONYME » (p. 43)

Guillaume Musso sait qu’il faut passer par l’épreuve pour se construire car sans l’épreuve, pas de vraie lumière : « Nul ne peut atteindre l’aube sans passer par le chemin de la nuit. Khalil GIBRAN » (p. 45)

Mais sans échange humain, pas de rencontre et recroquevillée dans une solitude de béton, fermée à l’autre, pas de reconstruction possible. Là où l’amour naît dans la discrétion et le respect de l’autre, tout est possible. Aimer non pour soi mais l’un pour l’autre : « Aimer, c’est prendre soin de la solitude de l’autre sans jamais la combler, ni même la connaître. Christian BOBIN » (p. 49)

Dans la fièvre d’un monde agité de vitesse et de haine, le rêve paraît une utopie mais l’homme tend vers le rêve comme s’il lui était indispensable pour respirer et alors il recrée l’essentiel, le souffle de la vraie vie :

« Rêver un impossible rêve
Porter le chagrin des départs
Brûler d’une possible fièvre
Partie où personne ne part.
JACQUES BREL » (p. 63)

Le scientifique en toute logique, décortique le monde mathématiquement mais parmi les choix de la vie, il y a toujours derrière, le bruissement possible de l’amour qui peut tout changer. Même si on n’en parle pas, il est là :

« Confronté à une épreuve, l’homme ne dispose que de trois choix :
1) combattre ;
2) ne rien faire ;
3) fuir.
HENRI LABORIT » (p. 83)

La fuite du temps perdu est un thème d’actualité dans tous les siècles. Il nous reste toujours tant à faire ou pas assez de temps pour tout faire ! Mais savons-nous laisser un peu de place pour l’essentiel ?  : « Le meilleur de la vie se passe à dire « Il est trop tôt », puis « Il est trop tard ». GUSTAVE FLAUBERT » (p. 197)

Nous pouvons aussi y perdre nos repères : « L’avenir est un présent que nous fait le passé. André MALRAUX » (p. 243)

Mais prenons un peu le fil de cette histoire. Une petite fille, Layla, disparaît dans un centre commercial de Los Angeles. Elle a cinq ans. Ses parents sont traumatisés et finissent par se séparer. L’homme se laisse aller et finit par devenir SDF. La vie peut basculer très vite de la notoriété à la plus profonde déchéance : « Maigre et affaibli, le SDF porte un manteau sale et élimé. Lorsqu’il croise des passants, ceux-ci pressent le pas et, instinctivement, s’écartent. C’est normal. Il sait qu’il fait peur, qu’il sent la crasse, la pisse et la sueur. » (p. 11)

La détresse peut nous conduire à l’anéantissement. Et alors il ne semble plus y avoir de possibilité de retour à une vie dite civilisée : « La disparition de sa fille l’avait plongé dans une détresse absolue. Ravagé par un séisme intérieur fait de douleur et de culpabilité, il s’était coupé de son métier, de sa femme, de son ami. » (p. 22)

Mais l’amour a un pouvoir qui n’a d’yeux qu’avec le cœur alors la femme aimante essaie de sauver ce qui peut encore l’être mais l’amour peut-il avoir le dernier mot ? : « (…) peau douce contre peau rugueuse, l’odeur subtile d’essence de Guerlain se mêlant à la puanteur de ceux qui vivent dans la rue. » (p. 24) Sa femme sait « Deviner l’invisible, voir derrière les apparences » (p. 30) mais cela sera-t-il suffisant pour effacer une douleur intolérable ? « Je ne veux pas remonter la pente. Ma fille souffre et je veux souffrir avec elle. » (p. 26)

Pourquoi se faire souffrir ? Est-ce que l’amour est plus fort quand on souffre pour l’autre ? Mais peut-on expliquer d’une manière logique, notre manière de vivre ? « Un simple regard disait tout : la douleur de l’absence, la force des attachements sincères. » (p. 50)

La femme essaie que son mari consulte un médecin qui dit : « les gens viennent me voir lorsqu’ils souffrent à l’intérieur. (…) Mon métier, c’est de les convaincre qu’on peut renaître de sa souffrance. » (p. 85)

Quel traitement proposer à cet homme et devant l’intensité de cette souffrance ? Le médecin essaie de comprendre : « De quoi cherchez-vous vous punir ? » (p. 117) Ce docteur se sent démuni devant ce désespoir mais ne veut pas baisser les bras : « Un homme, ça peut être détruit, mais pas vaincu. » (p. 93) ; il essaie de faire passer son message, en dehors de l’argent qui dirige si souvent le monde : « Dans la vie, les choses qui ont le plus de valeur sont celles qui n’ont pas de prix. » (p. 87)

Il y a la souffrance visible et celle qui est ancrée au plus profond de notre intériorité : « Mais d’autres cicatrices, bien qu’invisibles, balafrent son âme et le font autrement souffrir. » (p. 171)

Mais l’enfant réapparaît à la date anniversaire de son enlèvement cinq ans plus tard et au même emplacement que celui du rapt. Et la femme s’éclipse et laisse l’homme aller à la rencontre de sa fille qui a maintenant dix ans et qui est mutique. Alors l’homme retrouve sa soif de vengeance. Le médecin veut le raisonner : « La vengeance est-elle la meilleure réponse à un outrage ? » (p. 178)

Plutôt que de gaspiller sa vie, à vouloir se venger, ne serait-il pas mieux de pardonner ? : « Pardonner ne veut pas dire oublier (…) ni excuser, ni absoudre. À l’inverse de la vengeance qui alimente la haine, le pardon nous délivre d’elle (…) la vraie personne que tu cherches à tuer, c’est toi-même. » (p. 225) Une femme attend désespérément un homme qui n’arrive pas à refaire surface. Peut-il encore rejoindre la lumière de l’amour ? « Là où l’on s’aime, il ne fait jamais nuit. » (p. 194)

Deux autres histoires malheureuses croisent celles de cet homme, prouvant que l’adversité tue partout, à tout âge, là un homme marié, là une jeune adulte, là un ami solitaire, là un médecin qui sous la façade de l’aide à l’autre, s’aide lui-même à oublier en essayant de guérir : « Peut-être que la souffrance n’est jamais inutile, mais qu’elle ouvre la voie à autre chose. (…) Peut-être que le sens nous échappe. » (p. 244)

« Connor comprit qu’il l’avait sauvée. Et qu’elle l’avait sauvée à son tour. » (p. 281)

« Sans confiance je ne peux rien. » (p. 257)

Est-elle morte, cette petite fille ? Est-elle vivante ? On ne sait plus trop. Et après tout, qu’est-ce que la vie auprès de la mort, qu’est-ce que la mort auprès de la vie ? Il y a des vivants déjà morts, sans âme, sans pensée et des morts bien vivants, présents même dans leur absence concrète. Alors ? Où est la vie ? « Car là où on s’aime, il ne fait jamais nuit. » (p. 297)

 

6 novembre 2009

Catherine RÉAULT-CROSNIER